Abidjan : faible affluence dans des centres d’enrôlement, trois jours après le début des inscriptions sur les listes électorales (REPORTAGE)

Trois jours après le début de la révision de la liste électorale, en vue de l’élection présidentielle d’octobre, les requérants de la capitale ivoirienne semblent se faire désirer au grand dam des agents recenseurs.

"Il n’y a pas d’affluence, les gens viennent, mais ils ne sont pas nombreux", témoigne Affoussata Camara, agent en service, au lycée classique d’Abidjan, qui semble se tourner les pouces, tout comme ses deux collègues.

Dans le vaste établissement, où un seul bureau est ouvert aucune personne venue s’inscrire ou vérifier sa présence sur la liste n’était visible à 12H20 (locale, GMT). Une situation qui pourrait s’expliquer par la forte pluie qui s’est abattue toute la journée de samedi sur la ville.

En attentant un probable requérant, les trois agents dont le chef de centre, l’agent formulaire et l’agent morpho sortent de temps en temps pour échanger en toute tranquillité, histoire de ne pas s’ennuyer.

Près de 11.000 centres d’enrôlement sont ouverts pendant deux semaines (10-24 juin) pour la révision de la liste électorale.  L’opération concerne les personnes qui souhaitent s’inscrire pour la première fois et ceux désireux de changer de lieu de vote.

"Dès le premier jour, il n’y avait pas d’affluence dans notre centre, ça peut ne pas être le même cas ailleurs, mais nous particulièrement nous sommes confrontés à ce problème", renchérit Affoussata.

Aux dires de la jeune dame, "des messages de sensibilisation à travers différents canaux de communication supports ont été délivrés", affirmant avec un brin de déception ne pas savoir si les nouveaux majeurs ne sont pas encore imprégnés de cette chose."

Dans les centres visités, (Lycée sainte Marie, le lycée moderne de Cocody(Est), Djedji Amondji Pierre d’Adjamé (nord), William Ponty de Yopougon (ouest), la situation demeure la même.

"Depuis on a commencé, on n’a pas encore enregistré 20 personnes", s’inquiète l’un des agents recenseurs du Lycée Amondji Pierre d’Adjamé, déplorant n’avoir "enregistré que cinq personnes jusqu’à 16H13 (GMT, locale)"

Sonia Aya Konan, responsable du centre d’enrôlement, rencontré au Lycée moderne de Cocody ne dit pas le contraire.

Pour Sonia, ce manque d’affluence pourrait s’expliquer par les dispositions prises par la Commission indépendante électorale (CEI), offrant "la possibilité aux requérants de procéder à des vérifications en ligne."

S’agissant des nouveaux majeurs, ils ne viennent pas assez", poursuit la jeune dame, obligée de se rendre souvent à l’entrée de l’établissement pour "attirer" des passants et même des élèves remplissant les conditions pour se faire établir une carte d’électeur.

"On suppose que ce n’est pas tout le monde qui a l’information", explique Jean Auguste Anit, un autre chef de centre.

Installés sous un préau au groupe scolaire Hiba Max, à la Riviéra Palmeraie, dans la commune chic de Cocody, Jean-Auguste et ses collègues reçoivent à tour de rôle l’une des requérantes qui a bravé la pluie afin de procéder à quelques modifications de ses données pour dit-elle "exercer" son devoir citoyen lors des élections présidentielles à venir.

Rokiatou Fofana, responsable du centre de l’école William Ponty de la commune populaire de Yopougon, circonscription la plus importante avec "442.000 électeurs inscrits", déclare ne pas trop s’ennuyer malgré la timide affluence.

Constitués à 95% des étudiants établissements, les requérants enregistrés dans ce centre, où a été lancée l’opération mercredi, viennent d’eux-mêmes, selon la jeune dame, les yeux fixés sur son téléphone.

Pour plus d’engouement, Mlle Fofana estime que les partis politiques sont "les mieux placés pour mobiliser les électeurs."

Si pour l’instant, les opérations se déroulent timidement, les différents agents rencontrés craignent d’être débordés  les derniers jours.

"Les gens pour la plupart attendent les derniers jours pour se déporter sur les lieux, plus vite c’est fait, mieux ce sera", exhorte Affoussata Camara, pour qui les concernés doivent presser les pas afin d’éviter les longues files d’attente, synonymes d’une perte de temps.

Comme "l’Ivoirien aime les derniers jours, on suppose qu’ils viendront derniers jours", ironise Sonia Aya Konan.

Assis en face d’un agent dans l’une des salles transformées pour l’occasion en bureau d’enrôlement, César Kouamé Koffi, nouveau majeur a du se soumettre aux différents processus.

Ce sont la vérification des pièces d’identité, avant l’inscription par un agent de recensement qui se sert d’une tablette pour la prise des empruntes digitales et la photo.

César, la vingtaine, déclare s’être déplacé de lui-même, estimant que cela "participe au développement du pays". Pour ce faire, il "invite les autres jeunes" en âge de voter à lui emboîter le pas.

Comme difficulté majeure, le jeune homme "évoque quelques problèmes au niveau de la machine pour la prise des empruntes."

Contrairement à l’étudiant César Kouamé Kouadjo, un nouveau majeur qui s’est fait enrôlé avec enthousiasme à l’école William Ponty César, Sylvestre Oulaï, un habitant de la commune de Yopougon en âge de voter soutient ne pas se sentir concerné par l’opération, parce que "la politique ne" l’intéresse "pas assez" encore moins "le vote".

Malgré les multiples tentatives de son ami, lui expliquant le bien-fondé de l’opération, Sylvestre est resté campé sur sa position.

L’opération prévue du 10 au 24 juin, sur l’ensemble du territoire ivoirien et dans des pays étrangers, vise "cinq millions" de nouvelles inscriptions sur la liste électorale.

Pour atteindre son objectif, la CEI, organisatrice de l’ensemble des opérations de recensement en Cote d’Ivoire, a déployé 35.000 agents pour la durée de l’opération.

Anselme BLAGNON

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