Cités universitaires d'Abidjan, aujourd'hui berceau de la violence et de l'anarchie (MAGAZINE)

Les cités universitaires de Cocody (Est d'Abidjan), autrefois temple du savoir, sont aujourd'hui berceau de la violence et de l'anarchie. Confiscation des chambres, création de maquis, bistrots, dépôts de gaz, buanderies et salles d'études transformées en boutiques et salons de beauté, des bagarres à la machette, de gourdins, de pierres… tel est le visage qu'affiche l'espace universitaire.

Du campus de l'université Félix Houphouët-Boigny à la cité Mermoz, en passant par la cité rouge (Cocody), c'est presque le même décor et le même constat. Nos résidences universitaires sont devenues de véritables jungles-marchés où le plus fort règne en maître absolu.

Tel le mythe de Sisyphe qui renvoie à une tâche interminable et ardue qu'il faut toujours recommencer pour un résultat nul et incertain, l'anarchie et la violence sur nos résidences universitaires demeurent, bien qu'en 2010, l'État se soit essayé à la destruction de toute cette anarchie en procédant à la fermeture des universités et cités pour une réhabilitation, afin de donner une nouvelle image à nos universités. Sous le silence complice et coupable de l'administration qui semble avoir démissionné en cédant la place à la fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) pour gérer les résidences universitaires.

Des attitudes qui créent la révolte chez certains résidents. "Nos cités sont devenues de hauts lieux de business et de violence gérés par les bandits et mafieux, appelés abusivement Fescis qui se sont saisis de toutes les salles d'étude et des buanderies pour en faire des lieux de commerce de tous genres et ils exigent des taxes aux commerçants pour y rester", dénonce un étudiant des sciences de l'information et  de la communication, Jean Dobro, résident de la cité rouge de Cocody.

"Ils gèrent les cités comme par le passé", dit-il en espérant que les autorités réagissent à temps pour mettre fin et extirper de ces lieux tous ces "soi-disant étudiants".

Pour Aminata Ouattara, étudiante en lettres modernes logée à la cité du campus Felix Houphouët-Boigny, qui, pour arrondir ses fins de mois, a investi dans la vente des denrées alimentaires sur la cité "c'est assez difficile de s'en sortir. Nous louons ces espaces à la Fesci qui en retour exige de nous des taxes par mois et un ou des produits à tous les commerçants chaque mercredi. Faute de quoi, ils renversent toute notre marchandise au sol et octroie la place à un autre commerçant ".

Au vu de toute cette anarchie et cette violence sur l'espace universitaire, l'étudiant de la faculté de médecine, Franck Kouame, installé à Mermoz, se dit déçu et déclare que " les gestionnaires de la cité ne s'occupent que des loyers des chambres et de certains business avec les particuliers, pour le reste la Fesci s'en charge avec toute la violence qui les caractérise!"

Parlant de la Fesci, Gueye Malick affirme qu'il ne "faut surtout pas avoir affaire à eux sinon tu iras tranquillement rejoindre la maison de tes tuteurs pour ceux qui en ont". Il estime qu'il est temps que les autorités rétablissent l'ordre en ce milieu.

Entre les querelles interminables au sein de la fédération ou avec d'autres associations, la vie en cité reste invivable et infernale.

Ce n'est pas un phénomène nouveau dans nos cités. À l'époque (2011), d'importantes décisions avaient été prises par nos autorités. Parmi lesquelles figuraient la fermeture de toutes les résidences universitaires de Côte d'Ivoire et la dissolution de la Fesci pour redorer le blason de l'université. Pour de nombreux étudiants la question de l'anarchie et de la violence sur les cités demeurent une tâche difficile et interminable. Un éternel recommencement.

Fatoumata Doumbia/Jocelyne Liadé

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