Belligérance population abidjanaise vs CIE : Les origines d’une crise de confiance (ENQUETE)

Belligérance population abidjanaise vs CIE : Les origines d’une crise de confiance

Mars 2020 : la Côte d’Ivoire, à l’instar de plusieurs nations, se recroqueville ; le coronavirus menace toutes les villes. Les activités sont aux arrêts quoique le télétravail soit une parade.  En cette période dite immobiliste, la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) est électrocutée par ses abonnés. A l’origine, des factures « excessivement et anormalement élevées », le ton est levé. Angèle Mortada, une femme au foyer, la poitrine et l’omoplate tatouées, « héritière » des activités de son homme qui fait de l’Ouganda une échappatoire ; face aux problèmes sous lesquels il ploie, monte au créneau quand elle fait son constat. « La facture est arrivée et c’est beaucoup trop alors que je ne consomme pratiquement rien. Depuis un moment, je suis à Hiré, à l’intérieur du pays et c’est là que je suis désormais basée. Ce n’est pas normal », fulminait-elle, auprès du vigile, un élancé à la nuque prolongée, la tête rasée, bien souvent exposée et livrée au soleil par moment enragé. La femme au foyer occasionnellement reconvertie en businesswoman (femmes d’affaires, ndlr) soutenait ne pas comprendre que longtemps absente, ses factures aient autant grimpé. « Il n’y avait quasiment personne à la maison quand j’ai quitté Abidjan. Mes filles qui, habituellement, consomment beaucoup le climatiseur n’étaient pas vraiment sur place. Je ne comprends pas », se creuse les méninges pour comprendre cette hausse, celle qui, conséquemment au voyage ougandais de son homme, oscille entre Abidjan et Hiré, chargée de suivre leur projet, à savoir une résidence privée qu’ils ont refaçonnée en résidence hôtel.

Août 2022. La polémique inhérente aux factures « soudainement élevées » est ravivée.  La situation est si délicate que des armées de protestataires se rebelles un peu partout. Cette fois, chaque jour est décisif, pour ne pas dire punitif. Selon des témoignages nombreusement recueillis, une masse de clients (abonnés) de cette compagnie (CIE), n’a pas reçu dans le délais habituel sa facture d’électricité du mois de Juin pour les uns, de Juillet pour les autres, sans s’en inquiéter. Pis, quasiment toutes les versions se rejoignent. « Je n’ai pas vite reçu ma facture du mois de Juin mais je ne sais ce qu’il faut faire. Or, nous sommes déjà en Juillet et depuis, toujours rien », s’étonnait, deux mois auparavant, Zeinab Sylla, une malienne pleinement intégrée au pays, « son second pays » comme elle le dit, porteuse journalière de voiles qu’il lui plaît de changer à satiété.  Le mois d’août venu, Elle, de même que ses amies du quartier dans lequel elles résident ont fait le constat selon lequel leurs factures tardives de Juin ou juillet (selon chacune), ont également augmenté et grimpent au fil des jours. elles se rendent à la CIE ; cette démarche leur étant recommandée par une autre femme qui a bénéficié de conseils, en ce sens.

C’est Thérèse A., qui leur mettra la puce à l’oreille. Elle est parentée à Mory Kané, ancien collaborateur et ami d’un certain Feu Marcel Zady Kessy. « Mory m’a montré et expliqué le calcul à partir duquel on détermine la facture de chacun.  Pour tester, je suis allée à la CIE et c’est, à un ou deux chiffres près, exactement ce qu’il a eu comme résultat en calculant la mienne ». Mory Kané, est un ingénieur de métier ; en outre, fondateur d’une société privée de distribution de courant, soit dit en passant. « La conseillère » elle-même n’a   pas toujours été exemplaire en termes d’électricité et ne le nie point. « Sur place, les vigiles accostent certaines personnes qui leur paraissent nanties et leur propose, moyennant quelque chose, des numéros avancés qui leur permettent d’être vite reçus à la caisse. C’est ce qui s’est passé avec moi », évoque-t-elle ce deal, sans retenue.

Joséphine T. survit financièrement grâce à un commerce littéralement vouée au business de l’attiéké. Pour la retrouver, il faut farfouiller les espaces culinaires disséminés au vallon. La femme métisse est dans le lot de ceux qui s’insurgent contre la tardiveté des factures de Juin et Juillet, surtout, peut-on comprendre, contre leur onérosité. « Habituellement, les factures viennent vite et je paye moins de 50 milles FCFA mais cette fois, je suis à plus de 60 milles FCFA », est-elle irritée au point de bafouiller. Sa requête introduite porte ses fruits.

Néanmoins, son irritabilité vis-vis de cette compagnie à une origine. Au cours du 1er trimestre de l’an 2022, elle a fait une découverte qui mise dans tous états. Un locataire, son voisin plus explicitement, est parvenu à tripatouiller le compteur, de sorte à ce que sa consommation d’électricité soit au compte de la veuve que la vieillesse pousse à boitiller. Le fumeur permanant, dégarni, féru des culottes était mort de honte. « Pardon maman », lui demandait-il, juste, étouffé de honte, la langue frottant des lèvres que le tabac a noircies.

La compagnie n’était pas responsable de cette situation mais la promotrice des robes originaires de pagne a collé une étiquette à l’entité, une étiquette aussi forte que celle collée à son voisin, le forfaiteur.

Jean-Cyrille OUATTARA

 

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