Charles Konan Banny, un rassembleur au service de l’Etat (PORTRAIT)

"Il a changé ma perception de la politique ivoirienne et de certains de ses acteurs " dixit son successeur à la Primature Guillaume Soro, qui lui a rapidement rendu hommage. M. Charles Konan Banny fut un homme charismatique qui a toute sa vie travaillé pour servir les intérêts de la nation.

 

Retour sur la vie de l'illustre défunt. Natif de Divo en 1942, M. Banny sort diplômé de la prestigieuse Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) de Paris en 1968.

 

Un an après débute sa carrière et son ascension professionnelle, de chargé de mission à la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (CAISTAB), il se retrouve à  l'Organisation inter-africaine du café (OIAC).

Il intègre plus tard la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il gravit tous les échelons au plan national d'abord et sous-régional ensuite. Successeur d'Alassane Ouattara au poste de gouverneur qu'il occupera 1er janvier 1994 à 2005.

 

Nommé le 4 Décembre 2005 au poste de premier ministre de Côte d'Ivoire dans un contexte de crise politico-militaire, Charles Konan Banny était l'homme de consensus parfait pour ce poste vu qu'il était proche de toutes les chapelles politiques et des parties belligérantes.

Son entrée en politique et son bilan par la suite mitigé amène l'homme a quitté la tête du gouvernement le 29 Mars 2007.

 

En 2011 après la crise post-électorale il revient au devant de la scène politique cette fois dans le costume de réconciliateur d'un pays longtemps déchiré par une crise.

Président de la Commission pour le dialogue, la vérité et la réconciliation (CDVR) de septembre 2011 à décembre 2014 il avait fait l'effort d'entendre les victimes de cette crise et de leur trouver une suite favorable à leurs revendications et doléances.

 

Haut cadre du PDCI, originaire de Yamoussoukro comme feu le Président Félix Houphouët Boigny, M. Banny s'était finalement décidé à forcer son destin et briguer la magistrature suprême en 2015 avant de finalement abandonner et refuser selon ses dires de participer à une "mascarade".

L'homme n'avait pas la langue dans sa poche et c'est aussi pour cela il fut aimé. Il est l'un des rares à d'ailleurs faire l'unanimité.

 

Laurent Gbagbo dont M. Banny avait été le Premier ministre de décembre 2005 à avril 2007 a salué la "mémoire d'un grand commis de l'Etat".

Henri Konan Bedié quant à lui se dit "lourdement meurtri" par le décès d'un homme qui était au devenu au fil du temps plus qu’un collaborateur mais un frère. Leurs rapports avaient dépassé le cadre politique si bien que chacun des deux connaissaient bien les membres de la famille de l'autre.

 

Changeant d’alliances au cours de sa carrière politique, on se souvient qu’il avait soutenu le Président Alassane Ouattara en 2010. Il appréciait l’homme pour avoir travaillé avec lui à la BCEAO. Il a par ailleurs collaboré avec ce dernier en 2011 quand il fut nommé à la tête de la CDVR. Il est par la suite retourné dans l’opposition en 2015 et a même tenu des propos « durs » à l’endroit de M. Ouattara.

Toutefois le Président a tenu à lui rendre un hommage national, c'est dire la grandeur de l'homme qualifié selon M. Alassane Ouattara de "grand serviteur de l’Etat, de personnalité politique de premier plan et d’homme de devoir dont la contribution à la réconciliation nationale a été importante".

 

Aussi longtemps dans l’histoire de la politique ivoirienne, on retiendra peu d’hommes à l’instar de Charles Konan Banny ayant travaillé avec tous les grands acteurs politiques et ayant gardé dans l’esprit de ceux-ci une marque indélébile.

 

Cheick Ibrahim KALO

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