Concours et frais d’inscription à Abidjan : confidences sur une corruption en évidence (ENQUÊTE) 

Concours et frais d’inscription à Abidjan : confidences sur une corruption en évidence.  

Début 2021, quelques indiscrétions font état d’une énième corruption, précisément ministérielle qui éclabousserait l’Ecole Nationale d’Administration (ENA). Un ministre dans l’actuel gouvernement (le deuxième de Patrick Achi), à des fonctions essentiellement politiques et diplomatiques, l’un des fidèles du chef de l’Etat, dit-on, aurait fait veillé à ce que sa fille de retour au pays, intègre directement l’école tant convoitée ; de surcroît qu’elle y suive une formation écourtée, afin, pour elle de vite passer à autre chose.

Adjamé 220 logements. Dans un établissement immobilisé à la cité de l’enfance, G. Sibailly , une enseignante brèchedente aux formes exaltantes est nommée conseillère d’éducation. Elle célèbre pompeusement sa nomination. Pourtant, cette évolution, trahit-on le secret dans son environnement immédiat, ne serait ni l’œuvre du hasard ni celui du travail. Ou peut-être, si : le travail de l’argent. Comme elle, vraisemblablement, un paquet d’ambitieux doivent leur progression dans l’administration au soudoiement.

Dans la foulée de cette promotion, elle invite sa collègue, E. Félicité, du même service, une rabougrie dame, célèbre pour son ancrage biblique et réputée allergique à tout procédé corruptif, à croire en son réseau, « efficace ». « Tu es la plus compétente, certes, mais cela ne suffit pas, pour monter en grade », tentait-elle de lui ouvrir les yeux, sur les réalités du milieu ; ignorant que la mèche serait vendue par d’autres collègues, témoins mais pas muets.

« Tout le monde sait que tu aspires à être directrice mais sans ce réseau, sans corrompre, tu atteindras difficilement cet objectif », se dévouait-elle, infatigablement, à lever l’équivoque sur son récent couronnement.

Encore dans ce cadre « adjamelais », des témoignages laissent croire que ce « braquage » ne s’estompe pas ; pis, y va bien au-delà. Fatou K. est la comptable d’un établissement dont elle gère, tout fond se rapportant au primaire.  Comme forfait, elle s’est habituée à falsifier les effectifs des classes de maternelle pour se gonfler les poches, en période d’inscription.

Cette dame dont les prises de bec et les changeantes humeurs se savent par cœur, dans le secteur, assure ses arrières, quoique ce ne soit pas de gaieté de cœur. « Chaque début d’année scolaire, j’expédiais au moins 4OO.000FCFA à l’inspecteur de l’époque » joue-t-elle carte sur table, attachée à sa démarche assumée nonobstant que ledit bénéficiaire ne soit plus à son poste. Il s’agit d’un musulman polygame, aux attributs physiques sinon corporels islamistes, à commencer par sa barbe dont la longueur s’analogue quasiment à un chapelet, dont le sourire ne souffre d’aucune radinerie, les yeux qui rapetissés, à chaque personne ou objet fixé. Un homme principalement connu, à Adjamé, pour son patronyme identique à celui du président de la république.

Mais Fatou K, la femme des chiffres et du fric, tisse, de même, sa toile sur le plan institutionnel. Dans son cercle de « soudoyés », une promotionnaire à elle, à la tête d’une organisation humanitaire internationale représentée en Côte d’Ivoire, qui a un droit de regard sur les finances de l’école en question.

« L’ex présidente est son amie. Elle lui a servi de couverture en échange de pots-de-vin réguliers », extériorise sa pratique, un proche du président récemment élu à la tête de cette entité humanitaire.

Il n’y a pas qu’à Adjamé que la corruption prime sur l’humanitaire.

T.Koffi est un agent des impôts à un poste de responsabilité. De par sa position, il reçoit des primes fréquentes excédant les centaines de mille, afin de ne pas éventuellement céder aux dessous-de-table. Cependant, il a quelques fois eu recours à cette pratique notamment dans deux cas qu’il qualifie « importants ». D’abord, celui de sa concubine de l’époque, aux attitudes raffinées, les yeux scintillants, le teint qui s’harmonise au coucher du soleil. Son ancienne chérie est une communicatrice spécialisée en Publicité Marketing. En 2017, il a procédé à des soudoiements afin qu’elle entre à la fonction publique après un concours qui pour elle, devait juste être un simulacre. « Ce que j’ai dépensé dans cette affaire vaut 1.000.000FCFA », chiffre-t-il sa preuve d’amour, d’antan. « De plus, je crois que je n’ai pas eu un bon réseau car c’est un concours que j’ai payé deux fois et elle a échoué deux fois », dénombre-t-il les boulets de ce "pacte secret".  Hormis elle, il avait opté pour le même procédé quand il fallait aider sa fille, à braver un concours sur lequel elle avait buté deux fois de suite. « Sans cela, elle n’aurait pas eu le BTS » (Brevet de Technicien Supérieur), respire-t-il, le torse nu, la culotte outrepassant les genoux, le ventre exposé aux moustiques, cette nuit-là, dans les parages.

 

Jean-Cyrille OUATTARA

 

 

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