Côte d’Ivoire : à quatre mois de la présidentielle, la stratégie du FPI reste illisible (PAPIER D’ANGLE)

A quatre mois la présidentielle ivoirienne, les principaux états-majors du landerneau politique en Côte d’Ivoire affûtent leurs armes, presqu’à l’exception du Front populaire ivoirien (FPI, opposition), le parti de l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, dont la stratégie reste illisible même pour ses partisans.

En lançant mardi, au cours d’une conférence de presse, par l’intermédiaire de l’ancienne députée Massany Bamba, cadre du FPI, le projet “Initiative pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire’’, Laurent Gbagbo et la branche de son parti qui lui est restée fidèle semblent cette fois vouloir s’inscrire dans une logique de participation au scrutin après des années de boycott de toutes les élections en Côte d’Ivoire.

Sauf report, la présidentielle est prévue le 31 octobre et devrait comme en 2010 se jouer principalement entre les trois grandes formations politiques du pays: le parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP),  les deux principaux partis de l’opposition, le FPI et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ex-chef de l’Etat Henri Konan Bédié.

Pour se faire, le RHDP s’est déjà choisi son candidat depuis mi-mars: le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, et est en pré-campagne comme l’attestent les images de ses cadres en tournée politique dans l’ensemble du pays, régulièrement diffusées à la télévision nationale (RTI).

Candidat unique à l’investiture du parti, après le rejet de la candidature de son challenger Bertin Kouadio Konan (KKB), le président du PDCI Henri Konan Bédié (86 ans), devrait être désigné, sans surprise, candidat de son parti lors des conventions éclatées prévues les 24 et 25 juillet.

De son côté, le FPI a assuré à plusieurs reprises qu’il présenterait un candidat.  Le parti “ira aux élections et ne va pas boycotter la présidentielle’’, avait promis son secrétaire général Assoa Adou, lors d’une conférence de presse en juillet 2019.

Des propos réitérés lors d’une autre conférence de presse en décembre 2019 : “Oui, le FPI aura un candidat en 2020. Les élections auront lieu et [Alassane] Ouattara quittera le pouvoir. Nous nous mobilisons pour ça’’.

Mais à quelques semaines de la date limite pour le dépôt des candidatures, prévue fin août, le FPI semble encore chercher ses marques dans une espèce expectative. Où, quand et comment son candidat sera-t-il désigné ? Nul ne sait pour l’heure. Annoncé il y a quelques mois, le congrès unitaire qui devrait réunifier les deux branches rivales et mettre le parti en ordre de bataille n’a pas encore eu lieu.

Pour Steve Beko, cyberactiviste, farouche partisan de Laurent Gbagbo, il faut dès à présent “ouvrir le débat’’ sur le choix du candidat du FPI.

“Votre inactivité à ce propos va transformer vos sympathisants soit en insulteurs publics ou en supporters d'un autre camp qui semble plus préparé pour les échéances à venir’’, a-t-il averti, dans un message sur les réseaux sociaux, adressé à la direction du FPI.

Selon lui, le FPI ne peut pas voir boycotté toutes les élections depuis 2011 “pour finir en 5e roue d'un autre carrosse’’.

Dans ce flou, Laurent Gbagbo, le fondateur du parti, qui avait laissé entrevoir la possibilité de participer au scrutin, n’est pas encore certain de revenir en Côte d’Ivoire avant l’élection.  Vendredi, RFI a révélé qu’il avait transmis au gouvernement ivoirien depuis le 10 juin, via le greffe de la CPI, sa volonté de rentrer en Côte d’Ivoire.

“Jusqu’ici les autorités ivoiriennes n’ont ni confirmé ni accusé réception de la demande’’, a précisé la radio mondiale.

Pour le journaliste et analyste politique, André Silver Konan, le FPI est simplement en panne sèche de stratégie.

“A quatre mois de la présidentielle, Laurent Gbagbo n’est pas encore situé sur son sort à la CPI. Et hormis Simone Gbagbo que Laurent Gbagbo ne souhaite pas forcement pas voir comme candidate, aucune autre personnalité au FPI-GOR n’est visiblement prête à assumer une candidature à l’élection présidentielle’’, analyse-t-il.

Dans certains cercles proches du FPI et du PDCI, il est de plus en plus question d’une alliance électorale, dans laquelle le parti de Laurent Gbagbo soutiendrait dès le premier tour celui du PDCI si l’ancien chef de l’Etat ne revient pas en Côte d’Ivoire avant le scrutin.

Le 3 juin dernier, soit deux mois après la signature d’un premier “accord-cadre de collaboration’’ portant sur un projet commun de réconciliation nationale, les deux partis ont franchi un nouveau pas dans leur rapprochement, en lançant un appel solennel à leurs militants pour qu’ils préparent ensemble l’élection présidentielle.

Un appel commun qui ressemble aux signes avant-coureur d’une future alliance électorale face au pouvoir. Le FPI ferait-il comme le PDCI en 2015 qui a choisi de ne pas présenter de candidat pour soutenir dès le premier tour la candidature de son allié d’alors, l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara ?

André Silver Konan juge “hypothétique’’ une telle éventualité : “C’est une naïve erreur de croire que Gbagbo ne pourra pas rentrer et appellera à voter pour Bédié’’, estime-t-il.

Pour le journaliste Théophile Kouamouo, “le silence et l'immobilité’’ du FPI à quelques mois d’un scrutin aussi important tirent sa source du “silence et de l’immobilité’’ de Laurent Gbagbo lui-même.

“Un silence inquiétant’’, écrit l’analyste politique Sylvain N’guessan.

SKO

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