Côte d'Ivoire : décès de Wattao, le plus “bling-bling’’ des ex-com-zones, fidèles à Guillaume Soro (PORTRAIT)

Il était le plus "bling-bling" des ex-chefs de guerre ivoiriens: le Colonel-major Ouattara Issiaka dit Wattao (53 ans), l‘un des derniers fidèles Guillaume Soro, est décédé lundi aux Etats-Unis, à un moment où l’ancien président de l’Assemblée nationale et certains de ses proches, sont accusés de vouloir fomenter une insurrection pour s’emparer du pouvoir.

Les bruits de la mort de cette figure emblématique de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) s’étaient déjà emparés de la ville d’Abidjan depuis quelques semaines après son évacuation sanitaire aux Etats Unis à la mi-décembre.  La confirmation lundi de ce qui était jusqu’à maintenant une simple rumeur, apparait comme le point final  de la disgrâce de cet officier supérieur, fantasque.

Jambes arquées, carrure de colosse (environ 1, 90 m pour…..) et dents du bonheur, Wattao était l'un des anciens leaders des FN ayant contrôlé la moitié nord du pays de septembre 2002 et avril 2011. Ses penchants “bling-bling’’ faisaient de lui aussi et sans doute, le plus célèbre des ex-“Com-zones’’.

A la tête de son unité “Anaconda’’, il avait à la fois administré militairement, avec Cherif Ousmane, autre “Com-zone’’, la ville de Bouaké, alors capitale des FN. Quand Zacharia Koné est limogé, en 2008, il le remplace dans la riche région cacaoyère de Vavoua (centre-ouest).

Sous les ordres de Guillaume Soro, les FN avaient pris le parti de l'actuel chef de l'Etat Alassane Ouattara contre l'ex-président Laurent Gbagbo dans l'affrontement postélectoral de 2010-2011.

A l’arrivée de M. Ouattara au pouvoir en 2011, Wattao et les autres chefs de guerre, en dépit des accusations de crimes dont ils ont pour la plupart été l’objet par de nombreuses ONG, avaient été nommés à des postes clés dans l’armée nationale, rebaptisée Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI).

Nommé dans un premier temps Commandant en second de la Garde républicaine, Wattao avait cumulé ce titre avec ceux de Chef de la sécurité de la zone d'Abidjan-sud et de commandant en second du Centre de commandement des opérations (CCDO), corps d'élite de 800 hommes.

Mais les frasques à répétition de "Saa Blé-Blé" (grand serpent, en langue malinké), l'un des surnoms de Wattao, avaient fini par agacer le chef de l’État qui l’avait démis en juillet 2014 de deux de ses fonctions au sein de l'armée.

Peu respectueux de son devoir de réserve lié à son statut d’officier supérieur, il avait en effet été débarqué successivement de ses fonctions de commandant de la sécurité des quartiers sud d’Abidjan et de chef des opérations du Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO).

M. Ouattara avait toutefois consenti à le maintenir dans sa fonction de commandant en second de la Garde républicaine (GR) dont il était désormais le 1er responsable.

A l’époque, les médias avaient abondamment glosé sur la “descente aux enfers’’ de l’officier, envoyé  dans la foulée en formation, à l’Académie royale militaire de Meknès, au Maroc d’où il était revenu 10 mois après.

En mars 2019, il quitte ses fonctions de commandant de la Garde républicaine, la grande unité de 3 000 hommes chargée de la sécurité des institutions et des hautes personnalités, pour une nouvelle affectation comme commandant des unités rattachées à l’état-major général des armées, au rang de sous-chef d’état-major.

Cette nouvelle fonction aux contours flous avait été longtemps perçue comme une mise à l’écart pour Wattao, suspecté d’être proche de l’ex-président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro.

En Côte d’Ivoire, Wattao avait la réputation d’être un bon vivant et ses penchants “bling-bling’’ ne lui attiraient pas que des inimitiés. Il comptait pour amis des footballeurs professionnels et des artistes chanteurs qui ne manquaient pas d’évoquer son nom dans de nombreux tubes à succès.

Son arrivée en Maserati au mariage de l’ex-footballeur Kolo Touré en 2012 ou son pistolet en or présenté à un journaliste français, venu pour un reportage télévisé sur le crime en Côte d'Ivoire, furent tout aussi commentés.

L'officier avait été aussi régulièrement cité dans des rapports onusiens l'accusant d'implication dans des trafics de diamants et d'or.

Serge Alain KOFFI

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