Côte d’Ivoire: L’opposante Boni Claverie juge "choquant de voir des dons à l’effigie" de Gon (INTERVIEW)

En Côte d’Ivoire, "Il choquant de voir des membres du gouvernement distribuer des dons estampillés RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix ou offrir des sacs de riz à l’effigie du Premier ministre" Amadou Gon Coulibaly, a estimé la présidente de l’Union républicaine pour la démocratie (URD, opposition), Danièle Boni Claverie, dans une INTERVIEW à ALERTE INFO.

Dans votre récente sortie, vous avez reproché au chef de l’Etat d’avoir adopté "en catimini" le code électoral par ordonnance, "sans l’aval parlementaire". Pensez-vous que les députés de l’opposition auraient pu annuler son adoption ? Le résultat, n’aurait-il pas été le même finalement ?

Je vous rappelle que la 2ème phase des discussions entre le Premier ministre et l’opposition ont été brutalement interrompues d’une manière unilatérale. Ce qui nous fait penser que le Pouvoir n’avait peut-être aucun intérêt à la recherche de solutions consensuelles qui auraient pu aller à l’encontre d’un agenda caché. L’absence de transparence entretient la suspicion ! Et puis nous apprenons soudain que le nouveau code électoral a été adopté par ordonnance. Nous n’en connaissons pas le contenu et c’est ce qui est anormal. Le parrainage citoyen a été introduit, mais quelles en sont les modalités d’application, mystère. Nous dénonçons le passage en force de l’Exécutif sans même l’avis du Conseil constitutionnel, à défaut du point de vue du Parlement. La méthode du marteau-piqueur n’est bonne qu’à détruire là où la persuasion et le dialogue pourraient sculpter l’avenir.

L’opposition estime avoir été mise à l’écart dans la gestion de la crise sanitaire. Avez-vous adressé des propositions au gouvernement ? Faut-il comprendre que les mesures arrêtées dans le cadre du plan de riposte sont incomplètes?

La riposte au covid19 aurait dû permettre à toutes les forces vives de la Nation de se retrouver au chevet de notre pays, profondément atteint. Nous battons un triste record, celui d’être le 2e pays africain à avoir le plus grand nombre de contaminés et il aurait fallu donner de la consistance à cette fameuse union sacrée que nous réclamons depuis le début de la pandémie. Dans ces moments de grande fragilité, il est important pour une population de se sentir porté par des valeurs partagées de fraternité et de solidarité. Il ne s’agit pas pour l’opposition de distribuer des bons ou des mauvais points au gouvernement même si nous avons constaté de nombreux couacs en début de gestion du covid19. Oui, l’opposition est en mesure de faire des propositions complémentaires sur le plan sanitaire, d’envisager des mesures d’accompagnement économiques et sociales. Selon la durée de la pandémie, l’avenir immédiat s’annonce sombre. Le monde va rentrer en récession et l’Afrique va subir de plein fouet une crise économique sans précédent. L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare.

De nombreux dons estampillés à l’image du Premier ministre ont largement été critiqués par l’opposition qui dénonce une récupération politique. Que reprochez-vous concrètement: les dons eux-mêmes ou l’utilisation de l’image du Premier ministre ?

L’Etat est neutre et il ne peut exercer sa générosité que dans un anonymat de bon aloi. Il est donc choquant de voir des membres du gouvernement distribuer des dons estampillés Rhdp ou « offrir » des sacs de riz à l’effigie du Premier ministre. La campagne électorale n’est pas ouverte et ces distributions ont le plus mauvais effet sur le moral de nos compatriotes qui catégorisent les Ivoiriens. Nous nous réjouissons de la multiplicité des dons qui prouvent que la solidarité et l’entraide sont encore des valeurs vivantes dans notre société, mais il serait bon qu’un comité mixte, gouvernement et secteur privé de gestion soit mis en place pour nous assurer qu’il n’y aura aucun dérapage ou tentative de détournement comme la rumeur le laisse entendre.

Le cabinet de M. Gon a produit une note dans laquelle il est relevé que son nom et son image ont été utilisés "sans son autorisation préalable". La campagne électorale n’est pas ouverte et ces distributions ont le plus mauvais effet sur le moral de nos compatriotes qui catégorisent les Ivoiriens. Cette sortie, vous a-t-elle convaincue ? 

La Direction de la Communication du Premier ministre devrait savoir que le mal a déjà été fait. Son image est sérieusement écornée et ce n’est pas une simple lettre qui pourra effacer les dommages d’une mauvaise communication.

Vous avez également évoqué le report de la présidentielle d’octobre. Quelle serait donc la suite : une transition politique comme vous l’avez proposé auparavant ?

La position de l’URD est connue. En cas d’un report des élections, qui se précise de plus en plus, nous proposons l’instauration d’une transition politique. A compter du 1er novembre 2020, la légalité est rompue et le Président Ouattara n’a plus de légitimité. Il faut donc trouver une solution politique puisque la Constitution ne prévoit pas ce scénario. Il appartiendra à la classe politique ivoirienne de donner toutes ses chances à une transition qui nous offrirait la possibilité de tout mettre à plat et de repartir sur des bases saines.

 

MYA

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