Côte d’Ivoire/Religion: Beaucoup de pasteurs “ne sont pas formés’’ (Révérend Dr Robert Dion Yaye) INTERVIEW

 

Le président du Consistoire des protestants évangéliques de Côte d’Ivoire, le Révérend Dr Robert Dion Yayé, par ailleurs président-fondateur de l’Eglise protestante baptiste œuvres et mission internationale (EPBOMI), juge “normal qu’il y ait des dérives’’ dans le milieu évangélique, expliquant que “la plupart’’ des pasteurs des nouvelles églises ou missions “ne sont pas formés’’, dans une interview à ALERTE INFO dimanche.

 

Quel bilan pouvez-vous dresser de l’année 2020 pour l’Eglise Protestante Baptiste Œuvres et Mission Internationale (EPBOMI) dont vous êtes le Président-Fondateur ?

 

Le bilan est véritablement positif. Nous avons eu en février, notre assemblée générale au cours de laquelle un rapport a été fait. Nous avons de quoi à apprécier ce bilan en dépit de la pandémie de la covid-19, qui a perturbé un tout petit peu les activités. Nous avons connu beaucoup plus de succès par rapport aux années précédentes. Nous avons enregistré une croissance de 80% des membres de l’église. Sur le plan financier, le bilan est positif également.

 

Quels sont vos projets pour l’année 2021 ?

 

Nous envisageons d’implanter beaucoup d’églises. Nous avons commencé en 2020 et nous allons poursuivre. Nous devons gagner le nord de la Côte d’Ivoire, où nous avons bâti trois grands temples. Nous aurons de grands programmes spirituels tels que la CIAMEL (Ndlr : Conférence Internationale pour Actions Missionnaires des Eglises locales) en août. Nous avons voulu que ce programme se tienne cette année au nord du pays avec pour objectif d’amener le nord à l’évangile. Nous avons également des programmes culturels et d’éducation. Concernant les œuvres sociales, nous avons un projet dénommé “un chrétien, un toit’’. C’est un projet de 50.000 logements que nous offrons au corps du Christ. Cela a toujours été notre vision. Nous envisageons construire un hôpital et une université. Nous comptons démarrer les travaux en 2021. C’est une programmation compilée des actions socioéconomiques et spirituelles. Nous avons une vision équilibrée, c’est pourquoi nous nous appelons œuvres et missions. Il y a l’aspect spirituel et l’accompagnement du spirituel par le social pour améliorer les conditions de vie des populations, surtout de nos membres.

 

Vous citez des projets importants comme la construction d’un hôpital, d’une université, en plus des 587 pasteurs exerçant en plein temps et des 78 ouvriers employés et déclarés à la CNPS. Comment arrivez-vous à mobiliser les fonds pour soutenir de tels projets ?

 

Les ressources d’une communauté spirituelle proviennent des offrandes c’est-à-dire de ce que les fidèles donnent régulièrement chaque semaine, dîmes, dons volontaires, legs, prémices. C’est de cela que nous vivons. En plus, nous avons des œuvres socioéconomiques déjà existantes qui apportent quelques pécules. Nous n’avons pas un soutien de l’Etat ou d’une institution internationale.

 

Est-ce ces mêmes sources de financement qui permettent à l’Eglise Protestante Baptiste Œuvres et Mission Internationale (EPBOMI) de fixer son budget de fonctionnement à 2 milliards et demi de FCFA ?

 

Pour cette année 2021, le budget de la mission est de deux milliards de FCFA, en hausse comparativement à celui de l’année passée. Ce budget provient des offrandes, dîmes, dons, prémices, etc... Mais pour les grands projets, il y a une recherche de financement. Nous avons des partenaires qui acceptent de nous accompagner par des financements à faible taux d’intérêt. Il y a aussi des organisations de bienfaisance qui nous accompagnent.

 

Vous êtes également le Président du Consistoire des protestants évangéliques de Côte d’Ivoire. C’est quoi le Consistoire et quel est son rôle ?

 

Le Consistoire est une plateforme qui regroupe les différentes fédérations. Son but est de réfléchir sur les grandes questions qui concernent l’église. Dans le Consistoire, nous avons la chambre des anciens, dirigée par le président Emmanuel Kouassi des Assemblées de Dieu. Nous avons la chambre des églises locales, la chambre des experts, la chambre administrative et la haute chambre. C’est tout cet ensemble qui constitue le Consistoire.

 

Combien de fédérations existe-t-il aujourd’hui ?

 

L’église protestante évangélique en Côte d’Ivoire a été implantée par nos parents spirituels : les Américains et les Européens qui étaient venus évangéliser. Ils ont implanté des églises qui ont grandi, mûri et fécondé. Aujourd’hui, il y a une fécondité exemplaire. Les missionnaires ont mis en place une fédération pour permettre la communion entre ces différentes communautés. C’était la Fédération Evangélique de Côte d’Ivoire (FECI), la plus ancienne. Mais l’église poursuivant sa croissance, tout le monde ne pouvait pas être membre de la FECI, c’est alors que nous avons mis en place le Conseil National des Eglises Protestantes et Evangéliques de Côte d’Ivoire (CNEPECI). Ensuite, la Conférence des Eglises Protestantes et Missions Evangéliques de Côte d’Ivoire (CEPMECI) et le Conseil Evangélique de Côte Ivoire (CECI). Nous avons maintenant des collectifs de pasteurs et d’églises que nous aidons et encadrons.

 

En tenant compte des fédérations qui sont membres du Consistoire, combien d’églises peut revendiquer cette plateforme ?

 

Nous sommes en train de faire les statistiques. La chambre des experts du Consistoire est en train de préparer les statistiques pour qu’on sache exactement combien de protestants évangéliques nous sommes en Côte d’Ivoire et combien d’églises locales nous constituons.

 

Depuis quelques jours, on attend parler d’un Conseil apostolique de Côte d’Ivoire (CACI). Quelle est cette structure ?

 

Le Conseil apostolique est une plateforme qui rassemble les apôtres de toutes nos communautés. Ils se sont regroupés pour réfléchir. Leur vision est de fonder plus de 500.000 églises locales. Pour me résumer, c’est une plateforme de réflexion technique pour stimuler les églises à accomplir leur mission d’évangélisation et d’implantation.

 

Qu’est ce qui pourrait expliquer la prolifération, sur ces vingt dernières années, des églises d’obédience protestante évangélique en Côte d’Ivoire ?

 

Il faut être fécond. Le seigneur a dit +soyez féconds+. Ce qui se fait au niveau humain, se fait au niveau spirituel également. On parle de nouvelle naissance. Dieu n’a pas voulu que son église soit stérile, donc il faut enfanter. En 1965, quand les premiers missionnaires sont arrivés, l’église n’était pas comme aujourd’hui. Nous sommes le produit du travail des missionnaires américains et européens. Ils nous ont formés  et nous devons nous aussi produire. C’est cela la croissance. Dieu a permis à l’église protestante évangélique de croitre. Et c’est une bonne chose que l’église soit féconde.

 

Dans cette fécondité, on assiste à de nombreuses dérives de pasteurs…

 

C’est normal qu’il y ait des dérives et cela ne doit pas nous effrayer. S’il n’y a pas de dérives comment allons-nous corriger ? Même au ciel, il y avait Lucifer. Et ce n’est pas parce qu’il y a certaines dérives que l’église n’est pas en train de travailler. La plupart des leaders de ces communautés qui sont nées de la croissance qui a été rapide, bien souvent, ne sont pas formés. Il faut les aider à emprunter le bon chemin. C’est ce que, personnellement, j’essaie de faire en tant qu’ancien. Je les récupère et je les forme. On leur montre ce qu’est une vision spirituelle, une église. Petit à petit, Dieu commence à mettre de l’ordre. Certains vont au Ghana, au Nigeria et reviennent avec l’esprit anglophone en se donnant des titres.  Mais on est en train de recadrer les choses. C’est tout un travail.

 

En dehors du volet spirituel, quel est l’apport des églises évangéliques dans l’épanouissement social des populations ivoiriennes ? 

 

La foi sans les œuvres est une foi morte. Nous encourageons les églises à concevoir parce que nous sommes imitateurs du Seigneur. Le social doit soutenir le spirituel. L’église, pour  améliorer les conditions de vie des membres et de la population, doit avoir une vision productive, créative. Il n’y a pas de provisions sans vision. Toutes les églises doivent comprendre cela et c’est très important. Dieu nous a donné la vision des œuvres et missions. On crée des églises partout mais il faut accompagner l’église avec des œuvres. Nous avons récupéré ici des prostituées que nous avons transformées. Si on ne le faisait pas, elles seraient retournées dans la prostitution. Il faut créer des structures lucratives, pour aider.

 

Serge Alain KOFFI

Suivez-nous sur:

Articles similaires

Laisser un commentaire