Démolition de l'Eglise Evangélique des Assemblées de Dieu de Bietry: "Le préjudice subi se chiffre à plus de trois milliards" Apôtre N'Guessan(INTERVIEW)

 

Dans la journée du 12 septembre 2022, l’Eglise des Assemblées de Dieu de Koumassi a été (en partie) démolie. Sur place nous avons interviewé l’Apôtre N’Guessan Yédé Emile, le Pasteur principal qui nous a ramenés aux origines de cette affaire et évalué le Préjudice subi.   

 

 

Quelles sont les origines de cette démolition ?

 

En 1997, nous avons trouvé ce terrain nu. On nous a plus tard fait savoir que le terrain avait un propriétaire. Nous l’avons recherché et retrouvé. De là, nous sommes allés voir un notaire. Le notaire nous a donnés raison et nous avons entrepris l’acquisition de ce terrain. Puis, nous avons tout fait pour avoir l’autorisation de remblayer.

 

Y a-t-il eu par la suite, des pressions ou menaces ?

Non non ! On a, progressivement acheté le terrain et obtenu tous les titres fonciers. De là ; nous avons décidé d’y construire une église ainsi qu’un logement pour les pasteurs parce que chaque fois qu’un pasteur vient, lui trouver une maison à Abidjan s’avère couteux. Ainsi, d’une manière libre j’ai entrepris la construction d’une église de même qu’une maison de logements pour les pasteurs, sans être inquiétés.  Le notaire a entamé les démarches pour que nous ayons tous les autres documents dont nous avions besoins mais nous possédions déjà tous les titres fonciers ; du coup, le reste n’était qu’une formalité.

 

 

Comment expliquez-vous alors qu’en dépit de tous ces documents en votre possession, il y ait aujourd’hui une démolition de votre église ?

 

1O ans en arrière (donc en 2002), des gens ont été mandatés pour venir ici constater car il y aurait, à cette époque, le projet d’un métro sur deux à cinq mètres et nous risquions d’en être impactés. Ceux qui nous ont recensés nous ont rassurés qu’il n’était pas question de nous arracher notre terrain. Cinq ans après, ils sont revenus nous dire qu’au lieu de deux mètres dont ils avaient besoin, ce seraient 5 mètres. Je me suis immédiatement plaint auprès d’eux.

 

 

Dans l’immédiat et comme réplique, avez-vous eu recours à la justice ?

Ici, il n’y a pas de procédures judiciaires parce que c’est l’Etat et je ne peux pas affronter l’Etat puisque l’Etat est d’utilité publique. Je me suis quand même plaint à nouveau en leur rappelant qu’ils avaient dit deux mètres et plus tard, ils parlaient de cinq mètres cela risque d’impacter notre église mais ils ont fait savoir qu’ils nous dédommageraient.

 

 

 Y avait-il des traces, au niveau des documents, de leurs différentes inspections et des accords que vous aviez ?

 

Non et quelques années après, la mairie me signifie que c’est tout mon domaine qui serait rasé. Nous avons demandé si on aurait droit à un dédommagement, ils ont dit "Non ! Pas question". On leur a aussi demandé s’ils comptaient nous trouver un autre terrain, ils ont répondu "Non".

 

Qu’avez-vous à ce moment décidé d’entreprendre ayant appris qu’aucun dédommagement n’était prévu, à cet effet ?

Ma première réaction a été de voir un avocat. Et comme l’Eglise était devenue un bien commun, j’ai alors saisi le Bureau national des Assemblées de Dieu de Côte d’Ivoire qui, à son tour a confié le dossier aux avocats de l’ensemble de nos églises "Assemblées de Dieu".

 

Comment ont réagi les avocats de ce bureau après votre saisine ?

Ils sont en train d’y travailler. Ils continuent de travailler.

 

Que s’est-il réellement passé aujourd’hui, à propos de cette démolition que nous constatons ?

J’étais avec ma famille, dans une maison que j’ai construite quand on m’a informé qu’il y a des gens qui démolissaient l’église, qui cassaient tout. Je suis venu rencontrer les concernés principalement le responsable des démolisseurs. Je l’ai pris de côté. J’ai aussi vu des forces de l’ordre appartenant, selon les tenues, au CRS.

J’ai demandé qu’on me montre les papiers qui prouvent qu’ils peuvent tout détruire. Ils m’ont fait savoir que l’ordre venait directement du Premier Ministre.

 

Avez-vous à nouveau contacter vos avocats ? Si oui, qu’ont-ils posé comme acte ?

Oui ! Ils leur ont immédiatement demandé de cesser cette démolition.

 

L’un de vos fidèles que nous avons rencontré sur place évoquait pourtant des démarches que vous aviez entreprises auprès du Premier ministre. A quand remontent-elles quelles en ont été les conclusions ?

 

Ce n’est pas moi qui ait entamé ces démarches à la Primature. Ce sont nos avocats. La Primature leur a demandé d’arrêter. Les démarches nous les avons entamées dès le début de cette histoire. Ce sont les avocats qui s’en chargent. Moi je suis sur le terrain en train de me battre pour que cela cesse car ils n’ont aucun document. Ils disent qu’ils viennent de la Primature mais ne peuvent pas le prouver.

L’Etat est censé protéger sa population ; je ne suis pas content.

 

 

Êtes-vous à ce stade, parvenu à évaluer le préjudice ?

 

Le préjudice se chiffre à plus de trois milliards FCFA. Ils ont tout cassé. Je n’ai même pas pu sauver quoique ce soit. Mais je les suis, je vais voir ce qu’ils feront de mon terrain.

 

Comment envisagez-vous la suite, en ce qui concerne vos activités ? Songez-vous à une éventuelle levée de fonds ?

Non ! Ils nous ont tout pris. Aucun dédommagement. Je pense que nous allons même prier dans la rue. Ils ont tout détruit.

 

Jean-Cyrille OUATTARA

 

 

 

 

 

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