Sud ivoirien: retour au calme à Dabou après les affrontements meurtriers des 20 et 21 octobre (REPORTAGE)

Après deux jours de vives tensions entre la communauté Malinké (allogène) et Adjoukrou (autochtone), le calme semble être revenu jeudi dans la ville de Dabou située à 45 km d’Abidjan.

Il est 14 h lorsque notre équipe de reportage franchi les seuils de  cette localité. Une dizaine des éléments de la Gendarmerie nationale et 5 agents du Groupement mobile d’intervention (GMI) sont postés au corridor de la ville assurant la sécurité et le contrôle des véhicules qui font leur entrée et sortie.

Un élément de la GMI approche un véhicule en provenance d’Abidjan qu’il a arrêté un peu plus tôt. Il tente de rassurer les occupants du minicar sur le retour de l’accalmie dans ladite ville.

"Soyez les bienvenus. N’ayez plus peur. Tout va bien ici désormais, le conflit est terminé. Nous sommes là pour vous et assurons votre sécurité. Dites à vos parents qui hésitent à revenir dans la ville de ne plus s’inquiéter", rassure le Sergent-Chef Kouassi.

A un jet de pierre de l’entrée ouest à gauche, l’on perçoit des fragments  de chaises en plastique un peu éparpillés en face  d’un maquis montrant ainsi l’état des violences des deux jours de conflit.

Devant un peu plus loin,  seul dans le périmètre où se trouve le maquis détruit, un individu vêtu d’un polo rouge et d’un pantalon jeans les mains posées au niveau de la taille, remuant la tête affirme avoir beaucoup perdu dans ces temps de violence.

"Je n’ai plus de mots, j’ai tout perdu dans les casses. Etant ici même, je n’ai toujours pas la sérénité. J’ai foi que tout cela passera un jour. Je suis encore en vie, c’est le principal", affirme M. Gnagne.

En face de la mairie, des commerces sont fermés,  une dame accompagnée de sa fille,  frit ses poissons et vend son attiéké (semoule de manioc cuite à la vapeur) à une dizaine de gendarmes qui cherchaient à se restaurer.

"Comme vous le constatez, je suis seule ici dans cette zone avec ma fille pour vendre de l’attiéké. Si on ne vend pas, ceux qui ont l’habitude de manger dehors feront comment ? La journée d’aujourd’hui, ce sont ces gendarmes que vous voyez-là qui sont mes clients favoris. Sinon, ces quelques rares personnes qui sont sorties pour venir se nourrir ce jour dans mon restaurant", a affirmé Melaine, la cinquantaine révolue.

Dans le même endroit juste en face de la mairie, deux hommes assis sur des chaises affirment avoir toujours la peur au ventre malgré la présence d’une cinquantaine des agents de forces de sécurité dans cette zone.

"Ce n’est pas parce que vous nous voyez ici qu’on n’a pas peur. Rien ne rassure. Même avec la présence des forces de l’ordre. On a juste foi en Dieu. Lui seul peut nous protéger", ont affirmé successivement M. Moise et Donatien.

Quelques heures plus tard, avec l’arrivée du général Apalo Touré, Commandant Supérieur de la Gendarmerie nationale, qui a invité des belligérants au calme, tout semblait peu à peu reprendre dans la ville et chacun vaquait librement à ses occupations.

Les mardis et mercredi derniers, un conflit entre Malinkés  et Adjoukrou ont eu lieu à Dabou. La mi-journée du jeudi, les autorités dénombraient au moins 7 morts et de dizaines de blessés lors des dernières 48 heures à la suite de l’affrontement.

 

Emmanuel DJE BI

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