Eglise des Assemblées de Dieu de Bietry : Narration d'une opération "démolition"(REPORTAGE)

16h03, les passages interminables de véhicules, plus explicitement les ronflements de moteurs étouffent le bruit des démolitions tandis que le défilé incessant des commerçant dissimule l’activité d’une cinquantaine d’ouvriers pourtant appliqués à démolir l’Eglise des Assemblées de Dieu de Bietry, quoique dispersés. A distance, les fissures qui se sont invitées dans le mur de l’Eglise en déconstruction, donnent une vue multi-angulaires sur les mouvements à proximité de cette bâtisse.

 

"Nous avons commencé la démolition depuis ce matin. Je crois que nous finirons ,au moins dans 48 heures", a fait une estimation temporelle un ouvrier d'approximativement la cinquantaine, courbé et partiellement édenté. "On fait juste notre travail", a bouclé ses réponses, dévoué à ses briques.

 

Aroune le chef chantier, donc superviseur des démolisseurs esquisse une démarche similaire à celle d’un soldat en défilé militaire. Mains dans la poche, regard panoramique quelques fois, tête baissée, souventes fois, il esquive avec minutie chaque véritable prise de parole. "Je n’ai rien à dire. Je suis le superviseur mais sans plus. Je ne parlerai pas", a-t-il fait savoir, bien que souriant, prenant soin d’imiter de la main, un homme qui refuse tout couac. "Je suis bobo (sous-muet). Je ne parle pas", a-t-il décidé alors qu’il poursuit son arpentage, les vêtements de travail à l’apparence logés entre un chasuble et un gilet, mais distingués par le casque propre à son activité.

 

Des dizaines de mètres plus tard, un ballet organisé est exécuté. Des consignes sont données, là où des portes, vraisemblablement démontées ont été assemblées. Dans les yeux du corps ecclésiastique, amertume et rancune se Bousculent.

 

Les briques détruites, en dépit de leur volubilité sonore n’empêchent guère les émotions des populations d’éclore. "Depuis, nous avons reçu des menaces d’une structure indépendante spécialisée dans les constructions et démolitions de ce genre. Il n’y a pas de préavis Emmanuel Gadjara, l’un des prestagaires, intenable et loquace de l’enceinte ecclésiastique.

 

Les rayures et bandes multicolores mais assaillies de Bleu que brandit son haut, ne le déroute point de son tempo : " Ce matin, on nous tombe là-dessus pour nous informer qu’ils viennent casser", rejette cette façon de procéder. Emmanuel dont les mots sont scrutés par un duo d’anciens feignant de ne pas écouter son intervention. "On ne peut comprendre que cela se produise alors que nous fonctionnons dans ce pays de Droit. On a eu recours à la justice qui est en pourparlers avec le Premier ministre", révèle-t-il le virage gouvernemental que prend cette histoire. Toujours plus motivés par des regards qui le mitraillent de partout, il fait une plongée dans le secret de cette journée.

 

"Nous étions en train de prier quand ils sont arrivés. On a dû arrêter la prière et chacun a sauvé ce qu’il pouvait sauver. C’est depuis le matin qu’ils ont commencé au point il y a eu des policiers qui sont parvenus à leur faire arrêter (provisoirement) leur démolition", reste-il fidèle à sa loquacité sans être agité quoiqu‘il déverse un détail qu’il tient à signaler : "Il y a même une brique qui a failli tomber sur la tête d’un d’entre nous ; les enfants sont traumatisés".

  

Dans son dos, concertations et dénonciations appartiennent à la même coalition. Ancien Akelin, les verres stationnées devant les yeux, la montre noire, possédée par la main gauche, le téléphone prisonnier de la main droite, entre hésitation et motivation, sort du silence et entre dans la danse, imposant sa cadence : "Il y a des démarches qui ont été entamées. Rien n'a été fait et pendant que nous sommes en train de négocier, ils viennent nous agresser.

 

Nous n’avons rien contre eux, sinon on aurait pu se battre quand les jeunes de notre quartier sont arrivés, mais ce qu’ils nous font aujourd’hui, ils vont nous le payer", confie-t-il sa cause au ciel contrairement au pasteur principal, l’Apôtre Emile N’Guessan, dont les propos son endoloris par le préjudice "3 milliards subi".

 

A ces hommes à la conviction pastorale, un détail n’échappe pas : le bâtiment derrière celui de l’église déconstruite est quant à lui, épargné, car croient-ils savoir, "il appartient à la Première Dame ivoirienne, Dominique Ouattara" qui, attestent-ils, a inauguré les résidences immobilières qui sommeillent en cette citadelle, les voix en fusion et les regards n’ayant rien à voir avec ceux des quelques fidèles encore hagards, près de l’ancien hangar.

 

Jean-Cyrille OUATTARA

 

 

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