A Anyama, dans la banlieue abidjanaise, un quartier résidentiel se transforme en zone industrielle (REPORTAGE)

Des briques superposées çà et là au beau milieu de grosses et grandes maisons. Les résidents du quartier résidentiel d'Anyama (banlieue nord d'Abidjan) se réjouissent pensant à la construction d'une boulangerie, d'un glacier, ou même d'un centre commercial mais rien de tout ceci car ils avaient affaire à une unité turque de fabrique et de vente de briques et pavés dénommée "Group Atar Sarl" installée en plein quartier résidentiel.

Des camions garées en attente de déchargement ou déjà déchargés du sable qu'ils contiennent, sans oublier le bruit qu'ils font, des machines servant à sécher les briques également bruyantes font partie désormais du quotidien des habitants de ce quartier résidentiel, perturbant ainsi la quiétude de ceux-ci qui le disent à qui veut l'entendre.

C'est le cas de Dame Rose Dogoh, une cinquantenaire sans ride, ayant quitté les bruits et la pollution de la capitale économique ivoirienne pour résider depuis quelques années dans ce quartier, déplore l'arrivée inattendue et surprenante du groupe Atar Sarl, en 2018, dans leur "havre de paix".

"Nous avons quitté les bruits d'Abidjan, ma famille et moi pour profiter de la tranquillité de ce quartier et surtout pour nous rapprocher de la nature, respirer son air frais et écouter le chant des oiseaux. Mais, ce n'est plus chose possible aujourd'hui. L'air frais du passé a fait place à l'air pollué par la fumée qui dégage des machines de fabrication de briques, le chant des oiseaux remplacé par le bruit des machines et des poids lourds de l'entreprise Atar Sarl".

En plus de la disparition du calme et de la quiétude au quartier résidentiel d'Anyama, les populations s'inquiètent surtout pour leur santé.

"C'est infernal, nous n'arrivons même plus à dormir paisiblement. Comment n'allons-nous pas avoir des céphalées", renchérit Dame Dogoh.

Comme dame Dogoh, de nombreux riverains se plaignent de céphalées, de tâches sur la peau, et de toux.

De 06 heures à 19 heures, des poids lourds déchargent du sable et du ciment répandant au passage de la poussière qui entre dans les maisons, "je suis obligée de nettoyer mes meubles à toutes les heures de la journée sans oublier que cette poussière est aussi aspirée par nous qui habitons les environs, ce qui fragilise notre état de santé", a dénoncé dame Korotoume Coulibaly.

Si elle craint pour la santé de sa fille asthmatique, elle n'oublie pas son corps rempli de tâches dues aux allergies à la fumée.

Certains résidents, en raison de la distance qui sépare leurs habitations du site de fabrication de briques, sont certes épargnés du bruit des machines et des poids lourds, mais pas de la pollution de l'air par la fumée et de la poussière du ciment.

C'est le constat du président du collectif des résidents du quartier résidentiel, monsieur Siaka Lemailloux "il y a une poussière blanche sur mes meubles pourtant la voie menant à ma maison est bitumée."

Cela fait un an que cette situation prévaut malgré les démarches entreprises par les  résidents auprès des autorités de la ville pour mettre fin aux activités du groupe "Atar Sarl". Démarche qui a abouti à une pause de quelques mois au premier trimestre de l'année avant de reprendre les activités le 1er octobre.

Le président des jeunes du quartier résidentiel, N'Guetta Tanoh, propose aux autorités de la ville d'ordonner au Group Atar Sarl de déplacer leur machine dans un endroit inhabité pour ne vendre que leurs briques et pavés au quartier résidentiel "nous ne sommes pas contre les activités des étrangers. Nous demandons juste que les briques soient fabriquées dans un espace éloigné des habitations et ensuite vendues éventuellement chez nous afin de respecter la quiétude et le calme de notre cité".

Le collectif des résidents ne compte pas attendre que les choses se détériorent, quitte à contacter les autorités plus compétentes que celle de la commune.

Jocelyne Liadé/ Fatoumata Doumbia

 

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