Scènes de guerre à Abidjan lors de l'inhumation de Dj Arafat (REPORTAGE)

Des pneus brulés dégageant des volutes de fumée dans la commune d'Adjamé (nord d'Abidjan), des pierres et des tessons de bouteilles éparpillés çà et là, des douilles d'armes à feu sur le sol : voilà le décor après le passage du cortège du dernier voyage de l'artiste ivoirien Ange Didier Houon alias Dj Arafat  menant au cimetière de Williamsville ( nord d'Abidjan).  

Cagoules, casques, matraques, tuyaux de racolage, gaz lacrymogènes en main, les forces de l’ordre essayaient par tous les moyens de disperser une foule de fans incontrôlables qui tenaient absolument à assister à l’inhumation du Daishikan (l’un des nombreux surnoms de Dj Arafat décédé le 12 aout 2019 à la suite d'un accident de moto). Laquelle inhumation, à la grande surprise des fans vêtus de tee-shirts blancs et de banderoles rouges à l'effigie de leur idole, devrait se dérouler dans l'intimité familiale.

Irritées par la décision d'enterrement assisté que par des proches du défunt, la riposte ne s’était pas fait attendre du côté des "chinois" (nom attribué aux fans de Dj Arafat de par leur nombre pléthorique) prêts à affronter les forces de l'ordre en escaladant les barrages de sécurité. Et ce, avec les moyens à leur disposition (cailloux, bouteilles, bois) et tous les objets susceptibles de les aider à avoir accès au cimetière.

Les forces de l'ordre ont usé de tous les moyens nécessaires pour écarter cette foule hystérique. Les tirs de balles blanches se faisaient entendre, les  gaz lacrymogènes fusaient de toute part mais, les fans déterminés continuaient d’avancer en grand nombre. Pour les disperser, les forces de l’ordre usaient en dernier recours de l’eau chaude qui provenait des cargos de la brigade anti-émeute. Dans cette situation sauve qui peut !

Prise de panique, la foule courait dans tous les sens. Cette course a engendré quelques blessés qui ont été pris en charge par le service médical mis en place pour la circonstance.

Ali Koné, un des fans de l'artiste sur les lieux s’interrogeait "nous sommes à un enterrement ou à Bagdad ? C’est vraiment n’importe quoi!". Et à un autre chinois de renchérir, "nous on veut juste accompagner le Daishi dans sa dernière demeure. Depuis hier 06h, nous étions au Felicia (stade Felix Houphouët-Boigny). On veut juste terminer ce qu’on a commencé".

Cette scène de guerre a duré près d’une heure avant la sortie du cortège des officiels du cimetière précédé de trois corbillards noirs aux vitres teintées. A la vue de ces corbillards, l’on pouvait entendre des fans crier "C’est une poupée qu’ils sont partis enterrer, pas notre Daishi." Et un autre qui martelait "c’est un mannequin ou un bois qui vient d’être enterré. Pas le président de la Chine ! Sinon pourquoi la présence de trois corbillards."

Indignés de n’avoir pas été associé à l’inhumation de leur star et sceptiques de sa présence dans le cercueil, les chinois manifestaient violemment leur colère. Jets de cailloux et de bouteilles sur les véhicules des officiels causant au passage des dégâts sur quelques voitures.

Peu après le départ des officiels, des individus en délire ont profané la tombe, en ont retiré le cercueil pour ensuite l'ouvrir et déshabiller le chanteur Dj Arafat sous pretexte de s'assurer qu'il y était.

Fermé en début juin pour des travaux de réhabilitation, le cimetière de Williamville a été rouvert exceptionnellement pour l'inhumation du Daishikan.

Jeanne Dina Kitoko/Fatoumata Doumbia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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