Pour protéger leurs enfants du covid-19, les mères évitent les centres de santé à Abidjan (MAGAZINE)

Agacée par la turbulence de son fils d’environ deux ans dans un centre de santé communautaire à Cocody (Est d'Abidjan), Madame Anassin l’empoigne: "c’est pour tout ça que j’ai hésité avant de t’envoyer ici, tu touches à tout, ça me stresse. Tu connais corona ?", dit-elle, suscitant des rires, dans la salle d’attente quasiment vide de cet hôpital d’ordinaire bondé de monde.

Assise à environ deux mètres d’eux, une patiente d’environ 35 ans, qui attend d’être reçue par un généraliste, renchérit après avoir baissé son cache-nez à la hauteur du menton: "vraiment, il n’a pas l’air très malade. Tu pouvais commencer à le soigner à la maison. Ce n’est pas prudent d’envoyer les enfants à l’hôpital à cause du coronavirus".

Comme elles, des femmes enceintes et des mères fréquentent de moins en moins les centres de santé d’Abidjan, craignant un risque plus élevé de contamination pour elles et leurs enfants, comme en témoigne Vanessa Danièle Bringa, jeune maman de deux enfants en bas âge, domiciliée à Marcory (Sud d’Abidjan).

"Pourquoi prendre le risque d’exposer les enfants au covid-19 ? On dit partout que la contamination est très rapide. Chez moi, personne ne va à l’hôpital jusqu’à la fin de la maladie, sauf en cas de force majeure", lance Danièle, d’un ton ferme.

Bien que consciente des dangers de l’automédication, elle explique sa décision par le "manque de cache-nez et gants" dans la structure sanitaire qu’elle fréquente habituellement.

"La dernière fois que j’y suis allée j’ai été choquée de constater que ce n’était pas tout le personnel qui avait des cache-nez. Le pire c’est qu’on ne sait pas s’ils les changent régulièrement. Non non, je préfère garder mes bébés à la maison. J’ai des sirops et des médicaments en cas de petits bobos", ajoute-elle.

Le flux d’informations contradictoires sur le covid-19 a créé la psychose dès les premiers cas enregistrés en Côte d’Ivoire, et la vidéo virale d’une émission en France, au cours de laquelle des chercheurs discutaient de la possibilité de tester un vaccin contre le covid-19 en Afrique, n’a pas arrangé les choses dans les centres de vaccination.

Risque de résurgence d’autres maladies

Jeune maman de 28 ans, Mélanie Chiadon, commerçante, avoue ne pas être enthousiaste à l’idée de faire administrer la 2e dose de vaccin contre la poliomyélite à son bébé: "avec tout ce que j’entends, je ne sais plus ce qui est faux, ni ce qui est vrai. Il parait qu’ils vont expérimenter de force un vaccin en Afrique. J’ai envie d’attendre un peu, mais c’est mon premier enfant, j’ai peur qu’il lui arrive quelque chose si je ne respecte pas le calendrier des vaccins".

Valence, 35 ans et mère de la petite Maelys (un mois et demi) se veut plus radicale. Estimant avoir pris "suffisamment de risques" lors de ses récentes allées et venues avant et après l’accouchement dans un centre hospitalier, "il n’est plus question d’exposer" son 4e enfant: "on va remettre les vaccins à plus tard".

En attendant donc la fin de l’épidémie, elle "interdit toute visite (à son domicile) et limite les contacts" de sa fille avec son entourage immédiat.

Agent de santé dans la commune de Yopougon (Ouest d’Abidjan), Armand Kouman craint que la baisse de fréquentation des services de vaccination "finisse par favoriser et accentuer la propagation de maladies comme la rougeole, la poliomyélite, le tétanos, l'hépatite B, etc".

Une préoccupation partagée par Mme Akré, elle aussi agent de santé dans un centre de Protection maternelle et infantile (PMI) à Koumassi (Sud d’Abidjan) qui fonctionne "au ralenti", en raison des "préjugés" de mamans pour la plupart "analphabètes".

Ayant constaté "une baisse de la fréquentation des structures de santé, allant jusqu’à plus de 50%", notamment dans les service "de la vaccination et des consultations prénatales" à Abidjan, le directeur général de la Santé Mamadou Samba, a invité,  le 25 avril, les populations à se rendre dans les hôpitaux pour "ne pas créer une autre crise sanitaire à la fin de la pandémie du covid-19".

 

MYA

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