Sud ivoirien : A Grand-Bassam, l’appel à l’aide des artisans déboussolés après l’incendie de leurs ateliers (REPORTAGE)

Tourmentés après l’incendie causé mardi (8 février 2022) par l’explosion d’un camion transportant du gaz butane sur l’ancienne voie Abidjan-Grand-Bassam (Sud ivoirien), les artisans sinistrés appellent à l’aide des autorités pour relancer leurs activités déjà mises à mal par la situation sanitaire.

A l’ombre d’un arbre qui sert de salle de réunion, une dizaine d’artisans sinistrés se concertent afin de trouver des voies et moyens pour la procédure à suivre. Sur les lieux où presque tout est réduit en cendre, des toitures noircies par les flammes et la carcasse calcinée du véhicule poids lourd dans un paysage de désolation, sont encore perceptibles.

Quinze hangars du village artisanal, regroupant des ébénistes, sculpteurs, commerçants d’objets d’art, sont partis en fumée après la collision entre le véhicule de transport des bonbonnes de gaz avec un poteau électrique. Même si aucune perte en vie humaine n’est à déplorer, d’importants dégâts matériels composés d’objets d’art qui représentent plus de 35 ans de travail, sont signalés.

"Tout perdre en un jour me fatigue la tête, ça m’a rendue malade, je suis paniquée", confesse Mariam Niampa, commerçante d’objets d’art depuis près de 10 ans,  qui demande aux autorités de leur "venir en aide", parce que ses collègues et elle, ont "tout perdu" et ne savent "pas comment faire".

Le jour de l’accident, dame Niampa, la quarantaine explique qu’elle était en train de manger lorsqu’elle a vu une voiture descendre non loin de son atelier, sans toutefois prêter attention dans un premier temps aux cris poussés de part et d’autre.

Après s’être retournée, elle raconte avoir juste constaté que le véhicule s’était retrouvé juste devant son magasin, avant de voir le feu sortir du pot d’échappement. Le poids lourd tombé sur une partie du magasin qui commençait à s’affaisser, Mariam Niampa et sa fille ont pris la fuite juste avant l’explosion des bouteilles de gaz.

Les personnes présentes sur les lieux qui ont essayé d’éteindre le feu, n’ont pu le faire en raison de l’intensité.

"On ne pouvait rien prendre ce jour-là, même pas une seule aiguille. Nos chaussures, les habits de mes enfants, ceux de ma petite-fille, tout est resté dans le feu. Tout est parti en fumée", témoigne la quadragénaire, pas en mesure d’évaluer pour l’instant le préjudice financier subi.

Cette situation a "failli me fait perdre la tête, je tremblais", relate la commerçante secourue par une dame.

Installé depuis trois ans sur le site, Cudjoe Bismarck Anthony, un artisan sinistré sorti chercher à manger, n’a pu constater les dégâts causés par les flammes une fois de retour. Comme Mariam Niama, il lance un cri de cœur aux autorités, estimant que les artisans ont besoin de soutien pour que "les choses avancent."

La situation dans laquelle "nous nous trouvons est dure, on ne travaille plus nous sommes au chômage. Tout ce qu’on demande, c’est que les autorités nous viennent en aide" pour reprendre nos activités, plaide Anthony, qui n’a pu sauver des fauteuils appartenant à ses clients.

"On a mal au cœur, tous nos fonds sont partis en fumée", poursuit l’homme tout en pensant aux dettes que ce problème a généré.

A l’instar de ses collègues, Marcel Kouévidjin, menuisier-ébéniste en appelle à l’aide des décideurs. Très "découragé" après ce qui s’est passé, Marcel déclare n’avoir pas d’autre choix que de prier car sa condition actuelle est "compliquée".

"On prie beaucoup et on demande pardon aux autorités ivoiriennes pour qu’elles nous aident parce que c’est ce qu’on fait et puis on gagne un peu pour nourrir nos familles", supplie le quadragénaire visiblement abattu.

En 2020, un incendie avait ravagé une partie de cet espace considéré comme le plus grand village artisanal de l’Afrique de l’Ouest avec plus de 400 artisans en son sein.

L’endroit qui faisait la fierté du tourisme ivoirien, dans le passé, a vu  au fil du temps son activité économique tourner au ralenti, en raison de la situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire, avec pour corollaire la rareté des touristes.

En attendant qu’une issue favorable ne soit trouvée à leurs préoccupations, les artisans sinistrés continuent de garder espoir.

Anselme BLAGNON

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