A Abidjan, des micro-bibliothèques pour inculquer l’amour du livre aux enfants (MAGAZINE)

Journaliste de formation, Rita Dro dirige l’association "Notre boite à livres", avec pour objectif d’implanter dans chaque commune de la capitale ivoirienne et à l’intérieur du pays des micro-bibliothèques afin de permettre aux enfants de se familiariser aux livres, mais également aux adultes de s’en rapprocher.

A quelques pas du domicile de Mlle Dro, sise à la Riviéra 3, un sous quartier de la commune huppée de Cocody  (nord d'Abidjan),  se présente une petite bibliothèque de rue en forme de maison posée sur un trépied où chacun peut déposer et emprunter des livres gratuitement.

En attendant le démarrage de l’activité du jour, la jeune dame élégamment vêtue, fait des va-et-vient entre sa demeure et un espace spécialement aménagé où moins de 10 enfants entre cinq et 13 ans, masques au visage et encadrés par la secrétaire générale de l’association, Kady Traoré, jouent, en guise d’échauffement.

Une dizaine de minutes plus tard, c’est le moment du résumé qui suit la lecture de "L'incroyable histoire du cartable perdu", œuvre écrite par Arnaud Alméras, auteur de plus d’une centaine d’ouvrages de jeunesse, après quoi, ils iront au glacier", histoire de les motiver.

Passionnée de lecture, d’où elle tire son "inspiration pour mieux vendre" ses productions, Rita Dro, cherchait à se débarrasser du trop plein d’ouvrages qui "commençaient à s’entasser" dans sa petite demeure.

La bloggeuse découvre en janvier 2019 un concept en ligne baptisé "la boite à lire", d’où lui vient l’inspiration après des recherches approfondies.

"J’ai creusé, suis allée à l’origine du concept et puis tout de suite je me suis lancée, le mois qui a suivi. En février, on a installé notre première boîte à lire dans le quartier (Riviéra 3 Allabra). Depuis lors, il y a toujours de petits miracles qui se produisent au quotidien chez-moi", relate avec joie, celle qui ne s’est pas laissée emporter par "le découragement et voulu relever le défi."

Ouverte tous les jours (24/24 heures), la boîte, contient des ouvrages de divers genres et fonctionne en libre service. La première financée progressivement (et) sur fonds propre lui est revenue à 100.000 FCA.

Avec les adultes, la boite procède par troc ou par prêt, selon la responsable, précisant "prêter les livres" aux enfants "à condition de faire un résumé au dépôt, question d’instaurer une culture de lecture et de voir comment est-ce que les enfants s’intéressent à la lecture."

Au dépôt des ouvrages, Rita Dro déclare avoir noté des "lacunes" et remarqué que les enfants peinaient à prendre la parole en public, étaient stressés, avec moins de confiance personnelle".

A la suite de ce constat, la jeune dame et son équipe ont décidé d’instaurer des ateliers de lecture, tout en greffant à cette activité des cours de danse, de cuisine, de conte, de peinture afin de les amener à sortir de leur cocon."

"Notre grande satisfaction, ce qui nous motive et nous pousse à toujours aller de l’avant, de toujours poursuivre ce projet ce sont les enfants qui s’intéressent depuis l’implantation du poteau chez moi. Tous les matins, j’avais un enfant devant ma porte", témoigne la trentenaire, les étoiles aux yeux.

Les enfants se sont "naturellement intéressés au projet", poursuit-elle, estimant qu’un môme qui lit "sera obligatoirement un adulte qui pense demain, ce sera un leader."

"C’est notre façon à nous d’apporter notre pierre à l’édifice", affirme Rita Dro dont la "grande satisfaction, est de contribuer au développement harmonieux des enfants" à travers les livres.

Participante aux activités de l’association depuis un an, Vera Miezan, élève en classe de quatrième trouve l’initiative de la bloggeuse ivoirienne "intéressante."

L’élève passionnée de lecture avoue que la pratique régulière lui permet d’améliorer son vocabulaire, invitant les personnes de son âge à s’y intéresser.

"La lecture est très importante pour nous. Elle nous permet de voyager, de rêver. Les livres ne sont pas nos ennemis, mais nos amis", lance dans un français limpide miss Miezan.

A la longue, l’association ambitionne d’implanter d’autres micro-bibliothèques dans le pays en plus des cinq installées à Odiénné (nord-ouest), trois à Abidjan et celle de Danané (ouest).

Avec le succès qu’a connu le projet pilote, Rita Dro souhaiterait l’étendre à toutes les communes et même "rédiger un plaidoyer à remettre aux députés pour qu’une mini bibliothèque soit installée dans les quartiers afin de rapprocher les enfants des livres.

Aux parents, elle demande de chercher à comprendre l’utilité des livres dans le développement harmonieux des enfants et d’essayer d’être des modèles que les enfants vont copier à la maison.

Hormis la municipalité d’Odienné qui a adhéré au projet, la jeune bloggeuse  et son équipe ont approché les municipalités du Plateau (centre des affaires d’Abidjan), celle de Grand-Bassam (cité balnéaire à Km d’Abidjan) et de Koumassi (Sud d’Abidjan), espérant avoir des réponses favorables.

La présidente de l’association, "Notre boite à livres", souligne avoir "toujours besoin de livres pour enfants et de partenaires pour l’accompagner dans cette aventure.

"On ne baisse pas les bras, nous comprenons la réticence des gens quand vous avez une vision, un rêve, une sorte de mission, c’est comme un feu ardent qui brûle et il n’y a pas de préjugés ou de refus qui pourra l'éteindre", conclut Rita Dro, qui s'accroche à l’idée qu'un changement surviendra.

ABL

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