Burkina Faso: des commerçants déplorent la démission de Nagalo et indexent ses détracteurs (REPORTAGE)

Cinq jours après la démission de l’ancien ministre du Commerce Donatien Nagalo, suite à des manifestations de commerçants qui l’accusent de faits présumés "d’escroquerie", certains marchands déplorent son retrait et contestent les plaintes des détracteurs de celui-ci.

 

Au grand marché de Ouagadougou, Nagalo a des soutiens qui assument leur position au point de durcir le ton aussi bien à l’endroit de Traoré que Kyelem de Tambela.

 

"Ce pour quoi Nagalo a démissionné n’a pas de sens", tranche l’homme pour qui "nul n’est parfait". La tenue remarquable par les fleurs qui la jonchent et mollement noircie par les cols, Brahima Nikiema vendeur, décèle une forme d’injustice, s’agissant de l’ancien ministre.

 

"Ce qu’a fait Nagalo, c’est du passé et rien ne prouve que celui par qui on le remplace est parfait", considère-t-il minutieusement suivi par ses collègues qui acquiescent.  Il poursuit l’argumentation de sa désapprobation en indexant le président Traoré à qui il reproche de ne pas avoir assumé son choix porté sur Donatien Nagalo.

 

"Traoré a choisi ce monsieur. Il n’avait qu’à le laisser travailler pendant trois mois", juge-t-il. Ses propos qui rencontrent l’adhésion des autres commerçants suscitent l’écoute de quelques clients, qui maquillent à peine leur assentiment.

 

"Ce ne sont pas tous les commerçants qui ont demandé le départ de Nagalo, ce sont quelques-uns. Donc le président doit rester sur sa position. Ce n’est pas tout le peuple et ceux qui ont manifesté pour qu’ils partent sont ceux qui ont directement un problème avec lui", aligne-t-il les arguments si bien qu’il embarque sans le savoir Adama Zerbo, opposé à la gestion du cas Nagalo.

 

Entre le café qu’il déguste nonchalamment et les pieds qu’il tend dans tous les sens, M. Zerbo en plus de soutenir Nagalo, exprime un ressentiment qui va au-delà des nominations gouvernementales :

 

"Les commerçants souffrent, et on n’a personne à qui s’adresser. Concernant le président de la chambre de commerce, on ne le connait pas (car) on ne le voit pas", regrette-il, en estimant que peu importe celui qui est nommé ministre ou président d’une institution, il lui faut "venir sur le terrain" afin de "voir ce qui se passe".

 

Une poignée de mètres suffisent pour rallier Abdoulaye Bermone qui assimile à une "bêtise" cette démission.

 

"Moi, à la place de Nagalo, je n’aurais pas démissionné, non !" soutenant qu’il serait "allé jusqu’au bout". L’homme sur le départ en vue d’une course, affirme que "ce sont des hommes (et non) une nébuleuse qu’il y avait en face de Nagalo" invitant ceux qui réclamaient son départ à "aller en justice pour prouver" l’escroquerie dont ils l’accusent.

 

Tout comme les premiers contestataires de cette démission, M. Bermone jouit d’une attention certaine. Les deux collaborateurs tous assis, suspendus à ses lèvres, l’observent, voler au secours du démissionnaire visiblement sans réserve.

 

"Nous sommes dans un pays dans lequel les gens n’aiment pas l’excellence et il nous faut comprendre cela", estime-t-il prenant appui sur le cas du ministre de la fonction publique Bassolma Bazié qui, fait-il savoir, est l’objet de "contestations" venant encore "des commerçants" quoiqu’il ne soit nullement leur ministre de tutelle.

 

Pourtant, l’homme dont les plis surgissent sur le front dit comprendre la position d’Ibrahim Traoré car ce dernier a "un pouvoir encore fragile" mais est certain que le tandem Traoré-Kyelem "n’a pas cédé à la pression de la rue".

 

Mohamed, spécialisé dans la vente de vêtements est étalé sur sa moto, au départ surpris d’être interpellé mais manifestement rassuré qu’il s’agisse d’un sujet d’actualité.

 

"Je ne suis pas d’accord avec le départ du ministre (Nagalo) car pour moi, il était bien", déplore le vendeur d’habits que ses amis, tous de passage, harassent avec leurs taquineries à n’en point finir.  En dépit du Moré auquel il est accoutumé, Mohamed qui expose fièrement sa veste quasi-treillis, justifie comme il peut en français son avis.

 

"L’ancien ministre posait des actes que j’aimais. Il essayait de mettre de l’ordre", estime-t-il, attentif aux tapes amicales des autres commerçants qui circulent près de lui.  Il confesse sa peine en apprenant la démission de Nagalo et voulait que (celui-ci) "reste".

 

"Je ne connais pas le nouveau ministre" Poda, avoue-t-il, incapable toutefois de préciser ses attentes suite à ce remaniement.

Jean-Cyrille OUATTARA

 

 

 

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