Sit-in devant l'agence nationale BOA: au coeur de deux heures d'un mouvement d'humeur (REPORTAGE)

Sit-in devant l’agence BOA nationale : au cœur de deux heures d’un mouvement d’humeur
Plateau, 04 août 2022. A des kilomètres des immanquables radios de la commune, deux vigiles en jaune, képis cramponnés sur la tête sont plongés dans une causerie à une rue avant le théâtre d’un sit-in où apparaissent approximativement 165 agents de la BOA (Bank Of Africa) déjà mobilisés. Automobilistes, motocyclistes et cyclistes déambulent en toute quiétude. Pourtant, un premier agent de la banque, la chemise dissimulée derrière la veste noire modérément effleurée par une cravate bleue agitée, a la mine ferme ; le ton satirique. « Ce qui est sûr, nous avons nos revendications. On est là, on verra », ronronne-t-il près de ses deux collègues, une femme distinctive par la clarté de la peau qui contraste avec son costume sombrement coloré ; le sac mollement accroché à son épaule gauche ainsi qu’un autre, la taille moins imposante que le premier, verres pharmaceutiques blancs installés à la devanture de ses yeux riquiquis, qui attendrit le plus fulminant. « Calme-toi, on finit et après, on verra », échelonne-t-il les choses, la main tendue vers son interlocuteur qui ne décolère pas, mais ne bronche pas, non plus. « Hum ! » préfère-t-il ahaner, la tête orientée ailleurs, appliqué est-il, à observer les mouvements autour de leurs responsables, réunis en groupuscule à quelques encablures.
Les lieux sont parsemés de costumes différemment cousus bien qu’un élément, de prime abord simplement vestimentaire mais au fond communicationnel les rapproche : individuellement, des bandeaux d’un rouge vif entourent les fronts à l’image des lutteurs, encerclent les épaules tels les brassards de footballeurs, garnissent les mains des demoiselles et dames ; on aurait dit des bracelets, tout comme ils côtoient les coudes, majoritairement le cas de ceux qui sont dépourvus de vestes. Guillaume Amahin, le délégué encerclé et écouté par une dizaine de collaborateurs manifestement sortis de pourparlers, tient, d’emblée, à temporiser. « Nous ne sommes pas encore en grève. Il s’agit d’un sit-in des différentes filiales », catégorise-t-il sans être catégorique. La posture est droite, la gestuelle apparemment contrôlée, le ton perceptiblement mesuré, les mots, peut-on sentir, calculés, bien qu’il soit, des mètres plus loin, mitraillé du regard par d’autres agents, vraisemblablement désireux qu’il soit plus bavard. Comme s’ils s’étaient parlé par télépathie, le délégué opte pour la phraséologie : « C’est un mécontentement adressé à notre direction qui va remonter l’information à la direction du groupe. A la base, il s’agit d’une note du 18 juillet émanant de la direction du groupe qui tente à réduire tous les acquis du personnel. Aujourd’hui, nous sommes à l’étape du port du bandeau, pendant deux heures, c’est-à-dire de 7h45 à 9h45. Pour le moment, nous n’avons que le directeur général intérimaire qui dit ne pas pouvoir prendre ses responsabilités. Par contre, je suis certain que ce sit-in va débloquer la situation, j’en suis certain étant donné que c’est un sit-in collégial. S’il n’aboutit pas, avec les autres filiales, nous allons aviser et passer à une autre étape », peaufine-t-il, dès maintenant, la prochaine stratégie, au sortir de son grand déballage au visage d’une tirade.
Son environnement immédiat acquiesce chronologiquement et unanimement de la tête, son récit des faits. La plus proche de lui, une dame, la taille dominante davantage élevée par ses talons rouges bougrement élevés, totalement en blanc, les vêtements décomposés en chemise manches longues puis d’un pantalon faiblement serré au stade de ses chevilles, apprécie et renchérit : « Voilà ! Nous sommes les responsables. C’est juste un sit-in, comme il l’a dit ».
Les cargos stationnés, appartenant aux forces de l’ordre ralentissent la circulation sans ralentir les commentaires des clients, assis en plein air.
« Ils ont raison. Je ne sais pas trop ce qui se passe mais pour que tout monde manifeste ainsi, c’est qu’il y a quelque chose de grave ». « Oui ! Il y a sans doute quelque chose », épiloguent-ils au même titre que certains policiers assis, transformés en analystes, au bout du sit-in qui n’aura tout de même pas adouci les humeurs des conducteurs, qui face à l’embouteillage provisoire créé par les cargos, ont les nerfs à fleur de peau.

Jean-Cyrille OUATTARA

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